lundi, novembre 14, 2011

Publication de Paysage Indivisible

“ paysage indivisible ” est un livre publié chez LCD en septembre 2011 tiré à 250 exemplaires noir et blanc - format italien 15 cm x 21 cm - 96 pages - 15 €

Paysage indivisible ?
11 artistes et écrivains donnent une réponse à ce quasi oxymore.
Avec la participation de : Ivana Adaime Makac, Ramon Dachs, Vanessa Dziuba, Anne Kawala, Christophe Mauberret, Christophe Marchand Kiss, Xavier Martel, Véronique Pittolo, Colette Raynaud, Esther Salmona











Une édition limitée est augmentée d'oeuvres originales.

dimanche, janvier 23, 2011

"Le Point sur les Ensembles" exposition à la galerie Satellite, Paris, 28 janvier - 28 février 2011

Voigtland

Cette série compile des photographies prises indifféremment dans des lieux du monde ou dans des espaces clos et scénographiés. Il s’agit là de proposer au spectateur un jeu d’association libre entre les images, selon qu’il choisit de privilégier l’aspect formel, chromatique ou le sujet même de la photographie.

De surcroît, les images de Voigtland sont contraintes par une règle qui s’impose à leurs titres. Celui-ci ne peut excéder deux syllabes, et s’inscrit dans un système homophonique, ajoutant au questionnement de la série, de l’ensemble, celui de la liste.

Ces photographies procèdent d’un appareil techniquement obsolète, hérité des années 50, le Voigtlander Bessa 66. Pour une approche technique, mimétique et qualitative de l’image photographique, certains défauts sont aujourd’hui jugés rédhibitoires. Cependant, des qualités figuratives intrinsèques à cet appareil demeurent. Le jeu sur l’agrandissement amplifie cette ambigüité en exacerbant parfois une distorsion qui, bien que dénaturant le signal photographique, contribue à l’unification de l’ensemble.




























Solaristique (image préparatoire)

Ce projet photographique se développe actuellement autour du roman de science-fiction de Stanislas Lem, adapté une première fois au cinéma par Andrei Tarkovski : Solaris.Par « solaristique » on peut entendre le positionnement philosophique, scientifique et politique qui peut guider l’humain dans une confrontation avec l’inconnu, l’inexpliqué.La photographie, à maints égards, a certainement à voir avec ce précepte. Et finalement cette œuvre de science-fiction tourne principalement autour de la question de la re-présentation.

Dans son film, Tarkovski, dans la maîtrise de son langage cinématographique, a inventé et rendu crédible toute l’étrangeté de cette situation en faisant le choix du réalisme.

Cette photographie, dans ce contexte, a un statut bien particulier, car elle ne figurera pas dans l’ensemble lorsque celui-ci sera achevé. Elle est donc singulière. On peut parler de travail préparatoire. Mais dans l’accomplissement de ce projet, ce portrait m’a permis de prendre conscience de deux phénomènes. Le premier rencontre une préoccupation essentielle du cinéaste russe, à savoir l’importance de l’œuvre d’art dans la perception et le rapport harmonique que nous pouvons entretenir avec le monde. Le deuxième, comme corollaire, est que pour être complètement perçue, l’image, même ou surtout réaliste, requiert de son spectateur un acte de foi, simplement défini comme un amour discipliné.






Sans titre (image double)

À partir de 2009, j’ai réutilisé la photographie comme le moyen d’enregistrer spontanément, instinctivement des « choses vues ». J’ai donc renoué avec un procédé classique, un petit appareil à visée télémétrique, une pellicule argentique suffisamment sensible pour répondre à une diversité de situations lumineuses.

À la lecture des planches-contact, j’ai choisi de privilégier non pas une photographie, mais deux, qui se suivent dans l’ordre du défilement de la pellicule. Au voir et au faire s’ajoute le lire pour déterminer si une image mérite d’être retenue.

Dans ces deux clichés qui n’en font qu’un, ce n’est pas tant la représentation d’un continuum temporel, d’un défilement filmique qui compte, mais la capacité de deux photographies à s’équilibrer. L’inter-image peut contenir des centaines de kilomètres ou une poignée de secondes. Et la part entre mémoire et hasard reste indéfinissable.


Berlin, mai 2009 (19 - 20)

Osaka, mars 2009 (15 - 16)

Takarazuka, avril 2009 (29 - 30)

Région de Palanga, Lituanie, octobre 2009 (2 - 3)

dimanche, janvier 04, 2009

Paysages / Paysage invisible


Paysage,... visage d'un pays..?

En octobre 2001, par le hasard d'une réservation de transport aérien, j'ai parcouru l'ouest américain dans cette période étrange, faite d'agitation de la bannière étoilée et d'alertes quotidiennes à l'anthrax. De ces périodes dont on peut dire qu'elles précèdent un après, ou succèdent à un avant,... au choix.

Malgré ce contexte, mon propos est resté un périple dans les paysages notoires de la Californie et du Nevada. Durant 5 jours, j'ai parcouru dans une Dodge Neon de location la Highway One, de Los Angeles jusqu'aux portes de San Francisco. Puis j'ai pris à l'est, vers le parc du Yosemite, la Vallée de la Mort, enfin la périphérie de Las Végas.

Yosemite Park, Zabriskie Point, Furnace Creek,... ces lieux représentent sans doute un point de convergence de l'image. Les photographes les plus illustres, les plus touristes ou les plus... cinéastes en ont fait une destination de choix. Au point que l'image peut apparaître à l'énoncé même du nom de l'endroit.
Sans doute souhaitais-je être confronté à ce noumène du paysage. Et comprendre ce qui en fait la légende. De lumière il faut donc parler. Ou plus justement d'éclairement, tant la certitude et la régularité de l'illumination la fait confondre avec une ampoule, dont le commutateur serait invariablement actionné dans un sens chaque matin, et dans le sens opposé chaque soir, par on ne sait quelle main supérieure.
Par un point quelconque du plan (du désert) il passe une infinité de droites... Tel est bien le constat que l'on peut faire, roulant la nuit tombée au beau milieu de la Vallée de la Mort. L'autoradio diffuse la musique country d'une station locale, la main par la fenêtre sent l'air toujours brulant, le pinceau des phares semble éclairer le même morceau de route depuis des heures et à travers le pare-brise, fini le temps, fini l'espace,...rien que les étoiles. Et ce point quelconque du plan, à cet instant précis, je l'étais.






En contrepoint à cet espace vrai et éternel, le paysage factice d'un zoo. Certes, l'illusion est soigneusement entretenue, y compris par l'occupant, un caprin un rien cabot qui paraît en savoir long sur le rupestre et le pariétal.

Paysage,... mais qui fait l'image?



Nouveau souffle

lundi, septembre 24, 2007

Référents électriques

Chassé croisé au sein de la blogosphère, je reproduis ici quelques réflexions écrites pour le blog Foto Povera 2 de mes amis Yannick Vigouroux et Rémi Guerrin motivées par un sujet particulier : l'agrandissement photographique.

Pour suivre les autres développements de ce laboratoire de photographie et d'écriture

http://fotopovera.blogspot.com

S' il est aisé de trouver toute une littérature sur la question de la « reproductibilité » inhérente à la photographie, la notion d'agrandissement, qui participe autant de la spécificité du médium a suscité bien moins de commentaires. Au point, qu'ayant eu récemment à chercher la date de l'invention de l'agrandisseur, aucun des livres « classiques » sur la photographie ne m'a été d'un quelconque secours.

Lorsqu'il m'a fallu arrêter un format de tirage pour la série Voigtland , j'ai choisi un format assez imposant : 150 x 150 cm. L'autre parti-pris était de montrer les images, certes encadrées, mais sans qu'aucune vitre ou plexiglas ne s'interpose entre l'image et le spectateur.

D'un coté, toute l'ambigüité d'un appareil obsolète, doté d'une optique douce et « piquée » en son centre, mais affectée d'un flou imprévisible sur les bords, d'un vignettage digne des débuts de la photographie. De l'autre la posture, le volume, l'abattage de la photographie sure d'elle-même.

Très vite, l'association entre agrandissement et amplification s'est faite.



Série Voigtland
Le Volcan

Je crois que les fondements de cette idée datent de ma rencontre avec Knut Maron il y a quelques années. Je l'avais vu travailler dans le paysage juste équipé de son polaroïd SX 70 et j'avais vu les petites images bleutées qui en sortait. Il m'avait expliqué qu'ensuite, dans son laboratoire, il rephotographiait ce pola originel (primitif, oserais-je dire) sur un banc de reproduction, à la chambre 4x5 nourrie d'une ektachrome. Parfois il filtrait ses sources lumineuses avec des gélatines au banc, parfois l'intervention sur la couleur se faisait au moment de l'insolation du cibachrome, a l'aide des filtres de l'agrandisseur. Le tout aboutissant à un tirage d'environ 110 x 120 cm

Toutes ces strates d'intervention, altérant / transcendant le cliché d'origine m'avait immanquablement fait penser au travail d'un musicien triturant le son à l'aide d'effets, delay, réverbération, saturation, etc, jusqu'à l'émission du son final à travers l'amplificateur.


Série Voigtland
Le Héros

Je me souviens aussi, que dans une interview radiophonique, Arnaud Claass avait comparé le flou photographique à la rumeur...

...histoire d'une vérité malade de distorsion...


Il y a maintenant quelques mois, j'ai eu une chance supplémentaire d'assister à un concert parisien de David Sylvian. Peut-être est-il temps de dire à son propos que l'écoute de son premier album solo Brilliant Trees à 18 ou 19 ans a mis à jour cette intuition encore confuse : le sens de la vie est de nature esthétique. Je n'ai, depuis cette période, jamais omis aucune de ses œuvres. Des deux magnifiques, lumineux et intimes enregistrements qui succédèrent, Gone to Earth, puis Secrets of the Behive, jusqu'au plus récent Nine Horses.



C'est encore la figure de l'autodidacte qui transparait à travers lui. Du groupe de copains de Lycée (Japan), les influences digérées (Bowie, Roxy Music, la soul américaine, l'orientalisme chic), pour aboutir aujourd'hui à une des démarches les plus originales et exigeantes, mêlant pop, musique expérimentale, jazz, blues...
Je me dois aussi de dire qu'au cours et à l'issue de ce concert, un sentiment de malaise s'est fait prégnant. De l'entrée en scène, à l'extrême tension perceptible, jusqu'à la fin du set, une ombre lourde a plané de bout en bout. Du corps même de l'artiste, comme pris dans une logique de disparition tant la minceur et la raréfaction des mouvements était impressionnante, jusqu'à la musique qui semblait atteinte d'une gravité alarmante. Accords à peine plaqués sur le manche d'une guitare, si ce n'était la voix inaltérée qui émanait d'un presque nulle part, à peine quelques gouttes de transpiration sur le tissu d'un blouson me rappelèrent qu'un être de chair se tenait à quelques centimètres.
Certes, depuis le 11 septembre 2001, la production de l'artiste, vivant aux États-Unis et figurant un état du monde "tragiquement collectif", s'est empreinte d'une noirceur compréhensible.
Mais, au delà de cette circonstance, David Sylvian a sans doute donné ce soir là une expression ultime d'une forme récurrente de l'art, un rythme particulier, oscillant entre langueurs opaques et trouées de lumière... la Mélancolie.